Un article de Mgr A.M. Léonard, évêque de Namur

 

LEUR DE LA BONNE NOUVELLE

 

UNE INVITATION À PRIER ET À S’ENGAGER
POUR LA GUÉRISON DE L’HUMANITÉ PAR LA MISERICORDE DIVINE

 AVANT-PROPOS

 

On ne trouvera pas dans ce petit livre un exposé de l’ensemble des questions liées à la foi et à la vie chrétiennes ! Mais le cœur du kérygme, tel qu’il fut annoncé dès le jour de la Pentecôte, s’y trouve répercuté, avec la conviction, vérifiée par l’expérience, que la Parole de Dieu, proclamée dans sa force originelle, a une puissance propre qui ne lui vient pas des hommes. Nous lui faisons écho en dix brefs chapitres où nous nous adressons au lecteur, en l’interpellant, en t’interpellant.

 

C’est la puissance de la Parole de Dieu, venue personnellement parmi nous en Jésus, qui nous enhardit à lancer un vaste mouvement de prière et d’action, personnelle et collective pour la guérison du cœur humain, avec la vive conscience que nous sommes, depuis Pâques, dans les derniers temps de l’histoire du monde. Jésus lui-même a annoncé l’imminence du Royaume de Dieu. Il ne retire rien aujourd’hui de cette urgence. Au contraire ! Sa mort et sa résurrection ont été l’inauguration de ce Royaume venu avec puissance. Mais Jésus veut ranimer notre espérance dans la réalisation plénière de ce Royaume lors du renouvellement de toutes choses. C’est pourquoi il conclut la révélation du plan de Dieu par la promesse formelle : « Oui ! Je viens bientôt ! ». Dès lors, dans la vive espérance que l’humanité parvienne bientôt à sa pleine guérison spirituelle, nous supplions Jésus ressuscité en lui disant : « Oh oui ! Viens, Seigneur Jésus ! »(Ap 22, 20). Et nous redoublons de ferveur dans la prière et d’engagement dans le temps présent, tout en espérant la venue de Celui qui vient.

 

 

+ A.M. LÉONARD,

évêque de Namur.

 

 

1. Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas rien ?

 

 

1.1. Va jusqu’au bout des questions !

 

 De grands philosophes ont dit que la question la plus radicale de l’intelligence humaine est celle-ci : “Pourquoi donc y a-t-il quelque chose et non pas rien ?”. Ne sois pas de ceux qui ne se posent jamais que des questions à court terme, qui se demandent seulement pourquoi le prix des pommes a augmenté cette année, sans jamais se demander pourquoi il y a des pommes, et d’abord des pommiers, et des arbres fruitiers en général, etc. Ne considère pas que ton existence et celle du monde vont de soi. Notre existence et celle du monde environnant sont une bouleversante énigme. Il ne suffit pas de dire que c’est ainsi et de passer ensuite à autre chose.

 

 C’est ici que beaucoup d’athées sont décevants. Blaise Pascal, un géant de la pensée française, disait déjà d’eux : « Athéisme, marque de force d’esprit, mais jusqu’à un certain degré seulement ». À son époque, en effet, il fallait un certain culot pour se déclarer athée. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Ne pas croire en Dieu, c’est, de nos jours, faire comme tout le monde. Et c’est passer à côté des questions essentielles de la vie et faire preuve de peu de force d’esprit.

 

 Regarde ton téléphone portable ou ta radio. Ces objets contiennent une certaine quantité d’informations. Ils obéissent à un plan, visent un certain but. Derrière ces objets, tu sais qu’il y a des intelligences humaines qui les ont conçus. Tu ne les vois pas, mais tu es sûr de leur existence. Car tu sais très bien qu’il ne peut y avoir de programme sans programmeur, de logiciels sans logiciens, etc. Et tu as parfaitement raison. Et devant la prodigieuse quantité d’information qui habite et structure le monde, tu dirais seulement : « C’est ainsi, il ne faut pas chercher plus loin… » Non ! Il te faut chercher davantage…

 

 

1.2. Ne dis jamais que le monde est ainsi, tout simplement…

 

 Jadis, la science détournait souvent de Dieu. Actuellement, il n’est pas rare qu’elle achemine vers lui. C’est qu’elle nous rend toujours plus attentifs à la fabuleuse complexité des choses et à leur ordre stupéfiant. La cosmologie te fait entrevoir ces millions et ces millions de galaxies comportant chacune des millions et des millions d’étoiles, notre soleil n’étant que l’une d’entre elles, quelconque à beaucoup d’égards. Et pourtant cet immense laboratoire semble avoir été calculé, au « millipoil », pour que la vie humaine puisse y apparaître. La physique de l’infiniment petit te fait jouer à cache-cache avec les particules élémentaires de la matière sans que jamais tu puisses en avoir une science complète. Mais même si tu ne peux soulever le voile qui abrite le cœur des choses, tu en sais assez pour t’extasier sur ce grouillement de la matière apparemment inerte. La biologie te permet de décoder les jambages élémentaires de l’écriture de la vie, même si ce que nous savons demeure dérisoire par rapport à ce que nous ignorons encore et ignorerons peut-être toujours.

 

 Vas-tu dire que c’est ainsi tout simplement ? Mais pourquoi ne le dis-tu pas devant un ordinateur ou un moteur, qui sont pourtant des jeux d’enfants en comparaison de l’univers ? Diras-tu qu’il y avait à l’origine un atome primitif qui contenait toute l’information nécessaire et qui, en faisant un formidable big-bang, a engendré ce monde ? Mais pourquoi donc cet atome primitif existait-il ? Et d’où lui venait cette information que tu lui prêtes ? Vas-tu tenir ensuite que l’agencement qui s’est développé en lui en vue de fins manifestes relève du hasard ? Pratiquement plus personne n’y croit. C’est clair désormais : nous avons des yeux pour voir, et ce n’est pas seulement parce que, par hasard, nous avons des yeux, que nous voyons. Et le hasard, même s’il joue son rôle, ne suffirait pas à expliquer la flèche rapide et fermement dirigée de la construction de l’univers et de la complexification de la vie. Il y a autre chose. Il y a Quelqu’un d’autre.

 

2. N’aie pas peur de te confronter à la terrible question du mal !

 

2.1. « Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout cela ! »

 

 C’est une objection que tu entends souvent et que tu te fais régulièrement à toi-même quand tu te poses la question de Dieu : « Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout ça ! ». Et « tout ça », c’est le mal, sous toutes ses formes, depuis le mal physique jusqu’au mal moral, en passant par le mal biologique, psychique et social. Le problème est énorme, démesuré. Mal moral insondable dans les monstrueuses et inépuisables inventions de la méchanceté humaine, celle qui est tapie, fût-ce à petites doses, dans notre propre cœur… Mal physique écrasant dans toutes les maladies et les catastrophes qui s’abattent sur l’humanité et finissent toujours par la mettre à mort.

 

 En un sens, tous ces maux s’expliquent très bien, surtout si l’on ne croit pas en Dieu. Ils sont conformes aux lois de la nature. Il est statistiquement prévisible qu’une machine aussi compliquée que le corps humain connaisse des ratés et finisse par s’user. C’est conforme aux lois de la physique. Celles-ci jouent souvent en ta faveur et tu sais les utiliser pour tes intérêts. Mais il est inévitable qu’elles se retournent parfois contre toi, produisant une catastrophe. Même le mal moral s’explique largement s’il est vrai que nous avons partie liée avec le monde animal. Quelque chose demeure forcément dans notre cœur de cette loi du plus fort qui est celle de la jungle.

 

 C’est pourquoi il est finalement absurde de penser que c’est l’homme qui a créé Dieu pour s’expliquer le mal et s’en protéger. C’est plutôt le contraire qui est vrai. Sans Dieu, le mal s’explique relativement bien, même si l’athée continue à en souffrir comme tout le monde. Tandis que si, avec logique et sagesse, tu affirmes l’existence d’un Dieu personnel, tu te compliques terriblement la vie et te retrouves avec la question lancinante : « Comment donc, dans le monde créé par Dieu, y a-t-il tant de mal ? ». Cette question-là, ne l’escamote jamais !

 

2.2.Résiste à la tentation d’un Dieu impersonnel !

 

 Souvent, les gens préfèrent une divinité impersonnelle parce qu’ils ont peur que Dieu les dérange s’il est vraiment Quelqu’un. Mais il est une autre raison à cela. Si tu crois en un Dieu qui est vraiment Quelqu’un, qui te connaît, te veux et t’aime, alors, face à l’excès du mal, tu te retrouveras parfois comme Job sur son fumier, qui se révolte contre Dieu et s’en prend à lui avec rancœur, à la limite du blasphème. Comme Job, tu te plaindras dans l’amertume de ton âme : « Cesseras-tu enfin de me regarder, pour me laisser le temps d’avaler ma salive ? Si j’ai péché, que t’ai-je fait à toi, l’observateur attentif de l’homme ? Pourquoi m’as-tu pris pour cible, pourquoi te suis-je à charge ? » (Job 7, 19-20).

 

 La vie serait plus simple si Dieu n’était pas vraiment Quelqu’un, s’il était un Destin anonyme, une Fatalité impersonnelle, comme il l’était pour les Grecs et les Latins dans l’Antiquité, comme il l’est souvent pour nos contemporains, séduits par les sirènes du Nouvel Âge ou des religiosités orientales. Car on ne peut faire de reproches à un Absolu sans visage. Et auprès de qui se plaindrait-on des horreurs qui habitent la création - à côté de tant de splendeurs - s’il n’y a pas de Créateur ou si l’origine du monde est une Énergie diffuse ? Non, la foi en Dieu n’a rien d’une hypothèse facile qui procure un apaisement à bon marché ! Aujourd’hui, c’est plutôt l’athéisme qui est l’opium du peuple. Il endort l’esprit et tue l’interrogation. Mais si tu crois en Dieu - et tu as toutes les raisons d’y croire avec toute ton intelligence ! - tu vas te retrouver avec une interrogation sans cesse relancée : « D’où vient le mal dans le monde, si le monde vient vraiment de Dieu ? Comment le mal et Dieu peuvent-ils exister ensemble ? Qu’est-ce que Dieu fait donc face au mal ? »

 

 C’est ici qu’il me faut t’annoncer Jésus et non plus seulement te parler de Dieu. Lui qui, devant la tombe de Lazare, ne tient pas des discours savants, mais, tout simplement, pleure. « Et Jésus pleura. » (Jean 11, 35) Des larmes plus précieuses que des flots de paroles !

 

3. Les évangiles sont mieux qu’un reportage.

 

3.1. Ne te laisse pas démonter par les objections !

 

 Avant d’ouvrir les évangiles, fais rapidement le point sur quelques objections courantes, tout en sachant qu’il existe des tonnes de livres qui expliquent en long et en large ce que nous allons préciser en vitesse. Ne te range pas dans le camp des fondamentalistes, qui croient que tout ce qui est décrit dans les évangiles s’est littéralement passé de cette manière, comme si les évangiles étaient un reportage photographique ou un enregistrement en direct. Ce n’est pas tenable. Il est trop clair que chaque évangile a son approche particulière, sa manière propre de voir les choses. Chacun se fait l’écho, pour une part, de traditions différentes, ce qui crée des disparités, voire des incompatibilités, dans certains récits pris à la lettre. Il crève les yeux que, dans l’évangile de Jean, Jésus parle le même langage que Jean dans ses lettres. Il est évident que certains récits de miracles sont gorgés de références aux sacrements chrétiens du baptême et de l’eucharistie, ce qui suppose une relecture très élaborée des événements à une lumière nouvelle. Bref, ne fais pas comme les fondamentalistes qui voudraient voir dans les évangiles un film de la vie de Jésus et une sténographie de ses paroles.

 

 Mais ne te range pas non plus dans le camp des iconoclastes qui déclarent naïvement que tous les récits de miracles sont a priori faux parce qu’il ne peut pas y avoir de miracle ! Ne t’en laisse pas conter par ceux qui prétendent que les évangiles sont une pure construction des premières communautés chrétiennes et que, si nous retirons les enjolivures rajoutées par ses disciples au nom de la foi, nous ne savons pratiquement rien du Jésus de l’histoire, tout juste qu’il a existé, qu’il est mort et que des gens se sont sentis interpellés par son message et se sont réclamés de lui.

 

 La science contemporaine de la Bible - l’exégèse - t’invite à une attitude bien plus équilibrée face aux évangiles. On pourrait la résumer comme suit.

 

3.2. Les évangiles : une caisse de résonance de l’événement historique de Jésus

 

 Prends un beau chant que tu aimes, un chant à quatre voix. Écoute-le, chanté par une chorale. Tu sais qu’à la base de cette exécution il y a une partition rédigée par l’auteur. Tu entends les quatre tessitures de voix prévues par le compositeur. Mais chaque voix de chaque chanteur a son timbre propre. Tu perçois le rythme indiqué par la partition, mais mis en œuvre par le chef selon la tradition propre à ce chœur. Un autre groupe chantera la même musique avec une passion autrement colorée. Ce que tu entends est bien le contenu de la partition. Mais il passe à travers les gosiers des exécutants, selon les consignes du directeur de chorale et en dépendance de l’acoustique particulière de la salle. Sans compter la réceptivité, parfois fort diverse, des auditeurs. Ne crois surtout pas que tu atteindrais une plus haute fidélité en supprimant du concert la salle et son acoustique, le larynx toujours imparfait des chanteurs, l’interprétation inévitablement un peu subjective du chef de chœur et… tes oreilles forcément un tantinet défectueuses. Tu n’aurais plus la splendide polyphonie que tu aimes, mais un simple paquet inerte de feuilles de musique. Bien sûr, toutes les cordes vocales n’ont pas la même qualité, et il faut savoir les choisir. Certes, toutes les interprétations ne sont pas équivalentes, et il en est de plus ou moins fidèles, etc.

 

 Semblablement, dans les évangiles, tout ne doit pas être pris également au pied de la lettre. Il y a des grilles de lecture propres à chaque tradition. Des coups de pouce sont parfois donnés dans un sens ou dans un autre selon le public auquel on s’adresse. L’esprit critique doit donc s’exercer avec précision et rigueur. Mais la science la plus fine est loin d’être iconoclaste, elle met plutôt en relief la fiabilité des évangiles, à condition de voir en ceux-ci bien mieux qu’un reportage, à savoir la vivante caisse de résonance en laquelle retentit la mélodie de l’amour de Dieu se révélant en Jésus.

 
 

4. Un atome absolument insécable

 

4.1. La toute première annonce du kérygme le jour de la Pentecôte

 

 Laisse les évangiles et les autres écrits du Nouveau Testament te parler. Fais-le sans complexe, en sachant que chaque texte jette un regard différent sur Jésus. Tiens-en compte, mais sans te laisser ébranler par cette diversité, car tu sais qu’en elle se reflètent les multiples facettes de Jésus relues à la lumière de la Résurrection et de la vie de l’Église. Pars de ce qu’on a dit de Jésus la toute première fois qu’on a parlé de lui après sa mort en croix, à savoir le jour de la Pentecôte de l’an 30, selon la date la plus probable. Tu en as un écho dans le discours de Pierre, tel que rapporté par Luc dans les Actes. Certes, Luc n’était pas là sur place à prendre des notes ! Le discours attribué à Pierre n’a pas été transcrit en sténographie et reproduit littéralement par l’auteur des Actes… Il s’agit, comme chez les historiens romains, d’une composition de Luc. Mais elle est le reflet de ce qui fut proclamé le jour de la Pentecôte, de ce qui était proclamé dans les communautés chrétiennes auxquelles Luc s’adresse et de ce qui est encore proclamé aujourd’hui dans le « Credo » de l’Église :

 

Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de la mort. (…) Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié (Ac 2, 22-24.36).

 

 Cette proclamation du « kérygme » (mot qui signifie « annonce » en grec) contient trois traits essentiels et absolument uniques de la figure du Christ.

 

4.2. Les trois traits essentiels et uniques du visage du Christ

 

 Trois choses principales sont dites dans ce discours de Pierre. Nous y reviendrons en détail ultérieurement.

 

1) Dieu avait accrédité Jésus auprès de son peuple en lui accordant d’accomplir des prodiges et des signes. Il avait donné ainsi du crédit à la manière dont Jésus présentait sa mission et se présentait lui-même. En parcourant les évangiles, tu verras qu’il s’agit essentiellement de la « prétention » émise par Jésus, dans ses paroles comme dans ses actes, d’être de condition divine. Ceci est absolument unique dans l’histoire de l’humanité. Jésus est le seul homme qui, dans son bon sens, ait « revendiqué » d’être l’égal de Dieu. Mets « prétention » et « revendiqué » entre guillemets, car cette prétention ne relève en rien de l’orgueil humain, mais s’accompagne de la plus grande humilité.

 

2) Avec la complicité des Romains, les responsables du peuple ont fait mourir Jésus de la mort la plus ignominieuse, celle de la croix. Les évangiles te révéleront que le motif de la condamnation à mort fut le blasphème. Jésus a été crucifié parce qu’il se prétendait l’égal de Dieu. Comme le montrent les récits de la Passion, Jésus est mort dans le silence et l’absence de Dieu, abandonné des hommes et aussi, apparemment, de ce Dieu dont il se prétendait le Fils unique et l’incomparable intime. Ce contraste total est, lui aussi, unique dans l’histoire.

 

3)  Dieu a ressuscité celui que les hommes ont mis à mort. Ils ont donné tort à Jésus, mais Dieu lui a donné raison. Ils l’avaient discrédité, mais Dieu l’a de nouveau accrédité et réhabilité. Ils l’avaient humilié, mais Dieu l’a glorifié, en manifestant au grand jour sa condition divine. Ce témoignage rendu à la résurrection de Jésus est, lui aussi, unique ; il n’est aucun autre homme, dans l’histoire, duquel on ait affirmé sérieusement une chose pareille. Reçois maintenant l’annonce de ce « kérygme » chrétien !

 

5. Jésus, le seul homme qui ait revendiqué d’être l’égal de Dieu

 

5. 1. Des paroles sans équivoque

 

 La revendication de Jésus apparaît dans ses paroles. Les plus explicites se trouvent chez Jean : « Qui m’a vu, a vu le Père » (Jn 14, 10) ; « Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 30). D’ailleurs, les auditeurs ne s’y trompent pas. Ainsi, après avoir rapporté la parole de Jésus : « Mon Père, jusqu’à présent, est à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17), Jean note : « Dès lors, les Juifs n’en cherchaient que davantage à le faire périr, car non seulement il violait le sabbat, mais il appelait Dieu son propre Père, se faisant ainsi l’égal de Dieu » (Jn 5, 18). De même : « Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu ! » (Jn 10, 33)

 

 Les déclarations des évangiles synoptiques sont moins élaborées. Pourtant tu trouves chez Matthieu cette déclaration qui en dit long sur la conscience qu’avait Jésus d’avoir une relation filiale incomparable avec Dieu son Père : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt 11, 25-27 ; cf. Lc 10, 21-22)

 

Mais la revendication la plus décisive se situe lors du procès de Jésus : « De nouveau le Grand Prêtre l’interrogeait : il lui dit : “Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ?” Jésus dit : “Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel.” Le Grand Prêtre déchira ses habits et dit : “Qu’avons-nous encore besoin de témoins ! Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ?” Et tous le condamnèrent comme méritant la mort. » (Mc 14, 61-64) Jésus s’identifie à ce mystérieux « Fils d’homme » qu’a contemplé Daniel (cf. Dn 7, 13-14) et à qui Dieu confère un empire éternel. Et il souligne massivement le caractère divin de ce titre en précisant que lui, Jésus, le Fils de l’homme prédit par Daniel, il siégera à la droite du Tout-Puissant, donc au rang même de Dieu, et viendra sur les nuées du ciel, signe de la présence de Dieu ! Impossible d’être plus clair ! D’ailleurs, le Grand Prêtre et le Sanhédrin condamnent aussitôt Jésus pour blasphème.

 

5. 2. Des gestes proprement divins

 

 Mais la revendication de Jésus transparaît aussi dans ses gestes. Ce qui a d’emblée réjoui les foules, c’est l’autorité avec laquelle il parlait : « Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. » (Mc 1, 22) Il s’arroge le droit de pardonner les péchés, ce qui est un privilège divin. Ses adversaires sont d’ailleurs choqués par cette prétention et, en l’entendant parler au paralytique, murmurent déjà l’accusation qui entraînera sa mort : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » (Mc 2, 7)

 

 Même prétention lorsque Jésus exige qu’on sacrifie tout pour le suivre et fait dépendre le salut des hommes de leur attitude à son égard : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 10, 37-39) Jésus revendique aussi une telle importance qu’il prétend pouvoir accueillir tous les hommes : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. » (Mt 11, 28) Oui, celui qui parle ainsi revendique d’être plus haut que tout, au niveau même de Dieu, et il le reconnaît sans ambages : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35) ; « Vous êtes d’en bas, je suis d’en haut. » (Jn 8, 23) Imagine le Premier Ministre s’exprimer de la sorte… Ce serait un vaste éclat de rires ! Oui, tout autre qui parlerait ou agirait comme Jésus serait ou bien un gourou dangereux ou bien un paranoïaque. Mais Jésus, s’il est bien celui qu’il a prétendu être - et il l’est ! - pouvait et devait parler et agir ainsi. Face à cet homme-là, nous devrons tous nous situer un jour, pour de bon…

 

6. Le contraste absolu : la mort de Jésus dans le silence de Dieu

 

6. 1. La solitude de Jésus à l’agonie

 

 La prétention de Jésus d’être de rang divin est unique dans toute l’histoire. Tu ne la trouveras ni chez Bouddha, ni chez Confucius, ni chez Mahomet. Et la question posée par Jésus dans l’évangile de Jean est la seule qui importe : « Crois-tu cela ? » (cf. Jn 11, 26) La vraie foi chrétienne commence quand, dans ta vie, le « christianisme » fait place au « Christ », quand tu cesses de t’intéresser simplement aux « valeurs chrétiennes », prises abstraitement, et rencontres enfin Jésus comme Quelqu’un, comme celui - et il n’en est pas d’autre - qui est à la fois vrai homme et vrai Dieu. Un parmi les milliards d’individus, en tant qu’homme. Et l’Unique, en tant que Fils éternel de Dieu, venu en ce monde. Cela change tout ! D’autant plus que celui qui a émis une telle revendication meurt, en un total contraste, dans le silence de Dieu, abandonné non seulement des hommes, mais aussi, apparemment, de Dieu son Père.

 

Regarde donc Jésus à l’agonie. Contemple sa solitude. Tant de saints se sont convertis en méditant cette scène. Cela vaut la peine d’y consacrer du temps. La solitude de Jésus se creuse aussitôt après son dernier repas avec ses disciples. Parvenu au Jardin des Oliviers, « il commence à ressentir effroi et angoisse et il leur dit : Mon âme est triste à en mourir. » (Mc 14, 33-34). Étendu par terre, il prie : « Abba (littéralement : « Papa ! »), s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ; cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26, 39) Mais il ne reçoit aucune réponse : le Père demeure loin et se tait, et, à distance, les disciples dorment. Pour l’intime du Père, c’est l’heure de la dérision et de la honte, où il est remis aux mains de ses ennemis : « C’en est fait, l’heure est venue : voici, le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. » (Mc 14, 41) C’est l’heure des ténèbres (cf. Lc 22, 52-53), où le Fils humilié doit entrer dans une obéissance aveugle, dans une totale obscurité. L’abîme où Jésus descend est cependant plus profond encore que celui de la dérision et de l’obscurité. Il est, en fin de compte, l’abîme de l’abandon du Fils par le Père, sur la croix. Cela pourrait te choquer si aucune explication n’en était donnée. Prends donc la peine de creuser davantage.

 

6. 2. La mort au rang des pécheurs

 

 Jésus a poussé un grand cri avant de mourir : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34). Ce cri est emprunté au Psaume 22, dont Jésus a clamé d’une voix forte le seul premier verset. Ce cri a tellement impressionné les auditeurs que Marc, comme Matthieu, alors qu’ils écrivent en grec, l’ont rapporté dans la langue que Jésus parlait, l’araméen, proche de l’hébreu : « Eloï, Eloï, lama sabachtani ? » Jamais tu ne pourras mesurer la profondeur de l’abandon qu’exprime ce cri, si étonnant dans la bouche de celui qui disait : « Le Père et moi, nous sommes un. » Nous aussi, nous poussons parfois ce cri quand nous sommes au fond de la détresse. Tant de personnes font monter vers Dieu, de par le monde, cette plainte où s’exprime leur incompréhension ! Mais nous ne sommes que des créatures. À la différence du Fils, nous n’avons jamais connu la proximité de la gloire du Père. Par nature, nous sommes loin de Dieu. De plus, nous sommes des pécheurs. Nous avons pris nos distances par rapport à Dieu. Il est donc normal qu’aux heures de grande souffrance ou de profonde déchéance nous ayons le sentiment d’être loin de Dieu. Mais quand c’est le Fils de Dieu qui se sent abandonné de Dieu et submergé par les ténèbres, c’est tout autre chose ! La solitude de Jésus à l’abandon dépasse notre imagination. Elle laisse pressentir une détresse que lui seul a pu éprouver. Car celui-là seul qui est Dieu peut éprouver ce que c’est que d’être abandonné par Dieu…

 

 Regarde l’Innocent au rang des pécheurs, crucifié entre deux brigands, expérimentant de l’intérieur la solitude des pécheurs qui se sont coupés de Dieu. Il est sans péché, mais, en cette heure d’abandon, il est identifié au péché de toute l’humanité. Paul l’exprime dans une formule très forte : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a pour nous fait péché, afin qu’en lui nous devenions justice (c’est-à-dire « sainteté ») de Dieu. » (2 Co 5, 21) C’est un abîme insondable ! Il n’en fallait pas moins pour contenir ton salut et celui du monde entier…

 

7. « Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant ! »

 

7. 1. « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité ! » (Lc 24, 34)

 

 Jésus est le seul homme qui ait revendiqué d’être l’égal de Dieu. Il est aussi le seul Dieu humilié de l’histoire. Il est enfin le seul auquel on ait rendu ce témoignage : « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts ! » Pas facile à croire ! Pourtant, c’est avec l’annonce de ce passage de Jésus à une vie radicalement nouvelle que l’Église a commencé. Pas une simple « réanimation » provisoire, donc, comme dans ces « résurrections » dont parlent les évangiles, mais l’entrée définitive dans une vie glorieuse : « Nous le savons en effet : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir. » (Rm 6, 9) Sans cela, la réalité du Christ perdrait son intérêt. Il ne serait qu’un prophète parmi les autres, exceptionnel peut-être, mais l’un dans la série. Paul insiste : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non, le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. »  (1 Co 15, 17-20)

 

Cette foi ne provient pas d’une construction intellectuelle, comme si elle exprimait, sous le déguisement d’un événement, la conviction philosophique que, finalement, la vie doit l’emporter sur la mort. Elle ne procède pas non plus d’une construction psychologique, comme si, ayant fait l’expérience que Jésus était source de vie, les disciples en étaient venus à se dire qu’il serait toujours, pour eux, un vivant. Les apôtres étaient des hommes de terrain, pas des logiciens en chambre ! Non, la foi pascale leur a été extorquée par l’expérience bouleversante, à peine descriptible, des apparitions de Jésus après sa mort. Sinon, comment les disciples auraient-ils osé annoncer une pareille énormité ? Comment eux, si poltrons de son vivant, seraient-ils devenus soudain courageux si tout s’était terminé par un échec total, si le corps de Jésus était toujours au tombeau ou si, l’ayant enlevé, leur proclamation reposait sur une supercherie ? Cela ne tient pas. La résurrection d’un crucifié est un grand mystère, mais, sans elle, la naissance de l’Église serait un mystère bien plus grand. Ou plutôt, la Résurrection est un grand mystère, mais tout rayonnant de sens, tandis que le phénomène historique du christianisme sans la résurrection serait une énigme inexplicable.

 

7. 2. Le Crucifié réhabilité et glorifié par Dieu, espérance de la gloire !

 

 Paul a chanté cela dans sa lettre aux Philippiens :

 

 Le Christ Jésus, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus Christ qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2, 6-11)

 

 Te voilà au cœur de la Bonne Nouvelle ! En ressuscitant Jésus livré au pouvoir de la mort et mis au rang des pécheurs, Dieu inaugure en lui une humanité nouvelle et un monde nouveau qui ont traversé le double abîme de la mort et du péché. Pâques est ainsi, pour la foi chrétienne, le début de ce que l’Écriture appelle « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (cf. 2 P 3, 13 et Ap 21, 1). Et le Christ ressuscité apparaît comme « le Premier-Né par rapport à toute créature, le Premier-Né d’entre les morts » (cf. Col 1, 15.18), « Prémices de ceux qui se sont endormis. » (cf. 1 Co 15, 20) À partir de là, tout va se déployer. À partir de là, va découler une authentique espérance de salut pour tout l’homme et pour tous les hommes. Pour cette vie et pour l’éternité. À partir de là, une lumière va se projeter sur la terrible énigme du mal. À partir de là, tu vas découvrir que Dieu est Amour, qu’il est Trinité d’Amour, dans son éternité et dans notre temps. Tu vas explorer les profondeurs du cœur de l’homme, sa grandeur, sa misère et sa guérison. À partir de là, tu vas découvrir que l’Église de Jésus n’est pas un Grand Machin, mais le sein maternel dans lequel nous sommes tous engendrés à la vie nouvelle en Jésus. Tu vas saisir que tu as été créé, non pas pour la mort, mais pour la gloire !

 

8. Le mystère pascal de Jésus, dernier mot de la Révélation

 

8.1. Dieu te parle en Jésus, vrai Dieu et vrai homme !

 

 Dieu ne parle pas seulement avec des mots comme nous. Il parle surtout à travers des événements. Même les mots du Nouveau Testament sont seconds par rapport à l’événement unique de Jésus, qui est la Parole même de Dieu faite chair. C’est en lui que Dieu nous a tout dit de son amour en réalisant notre salut. Jean et Paul ont résumé cela en deux extraordinaires versets :

 

 Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle, car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jn 3, 16)

 

Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? (Rm 8, 31-32)

 

 À travers le premier trait de la figure de Jésus, à travers Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Dieu nous dit, et réalise, l’Alliance définitive entre lui et l’homme, son mariage indissoluble avec l’humanité. En Jésus, Dieu te crie : « Moi, ton Dieu, je suis devenu ce que tu es, un homme, afin que toi, simple créature humaine, tu aies part à la vie même de Dieu. Je suis devenu homme pour que toi, tu deviennes Dieu ! Mon amour t’ouvre une espérance folle. Car tu fais partie de moi pour l’éternité. Je ne puis plus être heureux sans toi. Aie confiance : l’homme a toutes ses chances d’aboutir, car lui et moi, nous ne faisons plus qu’un en Jésus. » C’est cette espérance qui habite Paul quand il s’écrie :

 

Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rm 8, 38-39)

 

8.2. Dieu te parle en Jésus humilié et glorifié !

 

 À travers le second trait de la figure de Jésus, à travers le Fils humilié et abandonné, Dieu te crie : « N’aie pas peur ! J’ai visité les enfers de ta vie et de ta mort. Même au plus profond de ta détresse, je suis avec toi. Passerais-tu un ravin de ténèbres, la croix de Jésus est là qui te rassure. Aussi bas que tu tombes, c’est en lui désormais que tu tomberas, car il est descendu plus bas que toi dans l’abîme. Aussi lourd que soit ton péché, aussi impardonnable qu’il puisse te paraître, mon Fils l’a porté à ta place, lui, l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde, lui qui, sans avoir péché, a été identifié sur la croix au péché, quand il est mort dans l’éloignement de Dieu et a crié vers moi : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? N’aie pas peur ! Même dans l’étroit défilé de la mort, il t’accompagne et te précède. C’est pour toi qu’il a été rassasié d’angoisse et d’effroi. C’est pour toi qu’il est descendu aux enfers, dans la plus extrême solitude. N’aie pas peur ! »

 

 Et à travers le troisième trait de la figure de Jésus, à travers le Fils perdu et retrouvé, Dieu te crie : « Sois plein d’espérance ! Mon Fils a tout enduré et a tout traversé. Il a franchi le mur de tes fautes innombrables. La boue immonde du péché a envahi son cœur innocent, elle l’a submergé de dégoût. Et maintenant c’est pour moi qu’il vit, dans la lumière. Avec lui, tu viendras à bout de ton péché. Ouvre-lui ton cœur et, de son cœur blessé par le péché du monde entier, couleront jusqu’à toi l’eau et le sang qui te régénèrent (cf. Jn 19, 34). Sois plein d’espérance ! Il a déjà goûté l’amertume de ta mort et t’offre dès aujourd’hui, d’au-delà de la mort, la vie impérissable. C’est lui qui te crie : Ne crains rien, c’est moi, le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens la clef de la Mort et de l’Abîme ! » (Ap 1, 17-18) Avec lui, si tu le veux bien, tu traverseras tout. N’hésite pas à mettre ta main dans la sienne !

 

9. Enfin un véritable salut pour l’homme tout entier et pour tous les hommes !

 

9.1. Mets ta main dans la sienne : il ne te trompera pas !

 

 Mets ta main dans la main de Jésus ! C’est une main humaine et fraternelle qui saisira les moindres tressaillements de ton être. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main royale de ton Dieu, capable de t’assurer protection là où tout autre te fera défaut. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main transpercée de ton Dieu crucifié, apte à recueillir chacune des blessures de ta vie. Mets ta main dans la sienne ! C’est la main glorieuse de ton Sauveur ressuscité, la seule qui puisse t’introduire dans la lumière du Royaume. Au milieu des épreuves de cette vie, que ta joie soit celle des premiers disciples quand, ressuscité, « il leur montra ses mains et son côté. » (cf. Jn 20, 19-23)

 

 Les religions, les philosophies et les idéologies font miroiter des espoirs de salut. Mais c’est en mutilant un aspect de ton humanité. Certains te promettent le salut de l’individu en oubliant le bien commun. D’autres te promettent la sauvegarde du bien commun en négligeant la personne unique. Ici on te garantit un corps toujours svelte, mais l’on oublie ta vie éternelle. Là on te propose le salut de l’esprit, mais c’est au nom de ce faux spiritualisme du Nouvel Âge qui dissimule son mépris du corps derrière un semblant d’intérêt pour l’homme total. Auprès des marchands de bien-être, tu trouveras un bonheur limité à la terre, préoccupé des moyens de vivre, mais non des raisons d’être. Et auprès des boutiquiers de spiritualité, tu dénicheras des promesses d’éternité, mais à la manière des doctrines de réincarnation, prêtes à jeter à la poubelle ce corps unique en lequel mûrit ta destinée. Jésus, lui, donne sa vie pour tous en même temps que chacun est unique pour lui. Il te propose d’accueillir Dieu en ton âme, mais il guérit aussi les corps. Il offre en héritage la vie éternelle, mais le Royaume qu’il inaugure n’est pas seulement pour la fin des temps, il est déjà parmi nous (cf. Mt 12, 28) et se développe en ce monde comme une graine ou un levain (cf. Mt 13, 31-33).

 

9.2. « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! » (Lc 19, 10)

 

 En Jésus, tu trouves un salut pour tout l’homme, et aussi pour tous les hommes. Pas seulement pour une élite intellectuelle, morale ou historique, mais pour tous ceux qu’il accueille dans l’Évangile, depuis les plus démunis jusqu’aux plus cultivés. Pas seulement pour les générations à venir, mais aussi pour les générations présentes et passées, car il y a dans la résurrection de l’Homme-Dieu de quoi accueillir les hommes de tous les temps. Pas seulement les puissants, mais aussi et d’abord les pauvres. Et pas seulement les pauvres, mais aussi les riches, au-delà de toutes nos divisions de classes. Car Jésus accueille les uns et les autres : la pauvre veuve qui a mis deux piécettes dans le tronc (cf. Mc 12, 42-44) et le riche collecteur d’impôts qui est monté sur un arbre pour le voir passer (cf. Lc 19, 1-10). Pas seulement les justes, car, dit-il, « je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17), mais aussi et d’abord les désespérés, les suicidés, les êtres avilis par la drogue, la haine, la pornographie, la prostitution ou l’avortement, les mal famés tenus à l’écart des bien-pensants, à l’image de cette pécheresse publique qu’il accueille avec tant de miséricorde (cf. Lc 7, 36-50). Y compris le plus grand pécheur - et nous avons toujours, toi et moi, à nous considérer comme ce plus grand pécheur ! Oui, regarde la croix où meurt l’Innocent identifié au péché des hommes et tu comprendras que, vraiment, « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc 19, 10) L’espérance pour tous…

 

 Oui, si Jésus est bien tel qu’il se présente - et il l’est ! - alors, tu as en lui - et en lui seul - l’espérance d’un salut réel de l’humanité. En dehors de lui, nous sommes perdants à tout coup face au défi du péché et de la mort. Mais avec lui, tout est possible. Crois-tu cela ? Dans la réponse que tu donnes à cette question se décide ton avenir, ici-bas et pour l’éternité…

 

10. Le mal n’aura pas le dernier mot !

 
  10.1. « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68)

 

 Face à Jésus, la seule question qui importe est : « Crois-tu cela ? » (Jn 11, 26) ou : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16, 15). Heureux seras-tu si, avec Pierre, avec l’Église de toujours, tu peux répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16). C’est pour obtenir ta foi que l’Évangile a été écrit, ainsi que Jean l’atteste : « Jésus a accompli en présence des disciples encore bien d’autres signes, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30-31) Que ta réponse soit donc celle de Marthe, ébranlée par la mort de son frère, à qui Jésus déclare : « Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25-26) Et Marthe consent de tout son être : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde. » (Jn 11, 27) Que ta réponse soit celle de Thomas, l’apôtre qui a douté de la Résurrection et n’a pas cru au témoignage de ses frères, exigeant toutes sortes de vérifications. Et maintenant qu’elles lui sont proposées par Jésus en personne, il y renonce, se rend à la lumière de foi qui l’envahit et, face à Jésus ressuscité, confesse : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28)

 

 Cette réponse de foi est exigeante, car, même après Pâques, le monde reste apparemment livré au pouvoir du péché et de la mort. Mais un Dieu crucifié mérite cette confiance parfois aveugle. Il a payé un prix suffisant pour cela. Aussi heureux seras-tu si, au cœur même des obscurités de ta vie, tu fais tiennes les paroles de Pierre : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » (Jn 6, 68-69)

 

10. 2. « Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle… » (Ap 21, 1)

 

 « Ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui, la mort n’a plus aucun pouvoir. » (Rm 6, 9) Ce cri de Paul te révèle que le mal ne colle pas nécessairement à notre nature. Qu’il s’agisse du mal physique, biologique ou psychique ou encore du mal moral qui défigure notre liberté, le mal n’est pas un ingrédient nécessaire de notre humanité. Car Jésus ressuscité reste bien un homme, mais désormais son humanité transfigurée n’est plus sujette aux atteintes du mal, sous toutes ses formes. C’est pourquoi Jésus t’invite à espérer en un monde qui, à la fin des temps, sera délivré du mal, ce qui serait impossible si le mal était la conséquence nécessaire des limites inhérentes à notre nature. Écoute-le t’inviter à une espérance, folle mais bien fondée, à travers cette vision de l’Apocalypse :

 

 Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - le premier ciel, en effet, et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus. Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : “Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : « Voici que je fais l’univers nouveau. » (Ap 21, 1-4)

 

 Oh oui, vienne au plus vite le jour où nous entendrons cette voix annoncer ce « renouvellement de toutes choses » dont Jésus a parlé ! (cf. Mt 19, 28) Il est vrai que, provisoirement, tant que dure ce monde, Dieu tire le bien du mal et est capable de donner une valeur positive à tes souffrances. C’est pourquoi il a dressé au cœur de nos détresses la croix de Jésus. Mais, en parlant ainsi, évite ce qui donnerait à penser que Dieu pactise avec ce monde qui fait souffrir sa créature. Non, Dieu a le mal en horreur, et lui-même endure, plus que nous, la moindre souffrance qui blesse le plus petit de ses enfants. Dieu n’est pas avec le mal contre nous. Il est avec nous contre le mal ! Dès cette vie et pour l’éternité… Que telle soit ton espérance à jamais !

 

UNE INVITATION POUR CONCLURE

 

 Ensemble nous avons exploré le cœur insondable de la foi chrétienne. Celle-ci trouve son couronnement dans une prière intense, celle-là même qui conclut l’ensemble de la Bible : « Viens, Seigneur Jésus ! ».

 

 Notre conviction est qu’il y a une conversion du cœur humain et une guérison de l’humanité qui ne se produiront que par la venue de Jésus dans la gloire. Le sérieux de cette espérance se traduit par le courage de notre engagement dans le temps présent. Il ne s’agit pas de se tourner les pouces en attendant la Parousie ! Il s’agit encore moins de faire des calculs ou des prévisions concernant les temps et les moments que le Père seul connaît. Tout en travaillant à améliorer maintenant la vie sur la planète Terre, nous voulons simplement intensifier notre prière pour que le Seigneur vienne achever la guérison du cœur humain et transfigurer le monde splendide et tragique où nous visons. Nous savons que le Seigneur a, pour cela, mystérieusement besoin de notre désir. « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 19..) Notre seul plan, notre seul projet, est que le Seigneur, lors de son retour (« Je viens bientôt ! »), trouve notre foi et notre espérance éveillées.

 

 Dans son célèbre « Court récit sur l’Antéchrist », écrit en 1900, Soloviev, le grand écrivain russe à l’esprit œcuménique, a imaginé que l’unité des chrétiens et leur réconciliation avec l’Israël de Dieu se réaliseraient pleinement avec la venue de Jésus dans la gloire. Et il a associé à cet événement la prière ardente de cinq cent mille chrétiens, des diverses confessions, réunis à Jérusalem, sous la conduite de Marie. Comme beaucoup d’autres points de son écrit prophétique se sont effectivement réalisés au cours du 20ème siècle, pourquoi ne lui donnerions-nous pas raison, sur celui-ci également, en lançant un vaste mouvement œcuménique de prière et d’évangélisation qui pourrait un jour, effectivement, converger vers la Cité sainte ? Si Dieu le veut, cela se fera. Ensemble, nous confions notre désir et notre espérance à la sagesse de sa Providence.

 

 Mais, dans l’immédiat, que notre prière se vérifie et se concrétise dans notre engagement personnel et collectif. Je te propose les points suivants :

 

  1. Régulièrement, prenons le temps de faire le point sur notre vie afin de réaliser un travail sur nos idées et nos motivations, en vue d’un engagement plus lucide.

 

  1. Où en sommes nous de notre rapport à Dieu notre Père, à Jésus son Fils et à l’Esprit Saint répandu en nos cœurs ? Remettons la prière au cœur de chacune de nos journées, personnellement et en famille. Et que la messe dominicale et l’Eucharistie, si nous sommes en état de la recevoir, nourrissent chaque semaine notre vie. De même que tu as besoin, pour te soigner de médecins pratiquants (un médecin non pratiquant ne te sera guère utile !), de même le Seigneur a besoin de chrétiens croyants et pratiquants.

 

  1. Ayons la préoccupation permanente de rendre témoignage à la beauté de Dieu et de la foi par notre comportement toujours et, parfois, par nos paroles. Un des plus beaux témoignages sera de toujours dire la vérité à ceux qui y ont droit et de ne jamais dire du mal du prochain sans raison sérieuse.

 

  1. Travaillons pour que dans notre vie personnelle et familiale, mais aussi dans la société, le dimanche soit respecté. Quand il n’y a plus de dimanche, tant de valeurs religieuses et humaines se perdent.

 

  1. Engageons-nous pour le respect de la vie humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Nous avons tous été un embryon minuscule. Sans condamner personne, participons aux mouvements de solidarité qui permettent à la fois de respecter la personne à naître et de venir en aide aux mères en difficulté. Et plutôt que de promouvoir l’euthanasie qui fait disparaître la souffrance en faisant disparaître le malade, encourageons les soins palliatifs qui maîtrisent la souffrance et permettent de vivre la fin de vie et la mort dans la dignité et la fraternité.

 

  1. Rejoignons activement les mouvements qui cherchent à sauvegarder l’environnement et se préoccupent de l’avenir de la vie sur la Terre, y compris de l’espèce humaine, menacée, en Occident, par l’hiver démographique. Et nous-mêmes, dans le quotidien, faisons preuve de sobriété dans la consommation des biens essentiels et de l’énergie.

 

  1. Par tous les moyens personnels et sociaux, faisons voir, sans juger personne, que la sexualité est une réalité splendide quand elle est au service d’un amour vrai, durable et responsable. Et luttons en même temps contre tout ce qui avilit la sexualité (la pornographie, l’exploitation sexuelle) ou fragilise le couple et la famille (la banalisation du divorce, l’assimilation des unions homosexuelles au mariage, la séparation radicale de l’amour et du don de la vie par la contraception, la stérilisation et l’avortement systématiques).

 

  1. Dans notre vie personnelle, veillons à être droits et justes. Et, sur le plan social, soutenons activement tous les mouvements et organismes qui cherchent à réaliser une société plus juste par l’action sociale, syndicale et politique à tous les niveaux.

 

  1. Encourageons tout ce qui rassemble les hommes et les femmes de ce temps, y compris sur le plan de la foi chrétienne en participant aux initiatives œcuméniques animées par une foi juste, une espérance inébranlable et une charité inlassable.

 

  1. Plutôt que de nous lamenter sur les malheurs des temps, ouvrons les portes à l’espérance qui vient du Christ ressuscité. Si tu te désoles sur les ténèbres extérieures, tu rends la nuit encore plus épaisse. Mais si tu allumes ne fût-ce qu’un lumignon, tu fais reculer l’obscurité.

 

Une foi éclairée, une espérance inébranlable et un amour sans bornes doivent animer notre grand mouvement d’intercession pour la guérison du cœur humain, notre engagement pour l’amélioration du monde présent et notre désir que le Seigneur vienne instaurer, enfin, les cieux nouveaux et la nouvelle terre. Je prie le Seigneur que ce petit livre puisse contribuer à approfondir ta foi, à dilater ton espérance et à enflammer ta charité. Par nous-mêmes, nous ne pouvons que peu de chose. Avec sa grâce, tout est possible. Que Marie soit notre guide et notre protectrice, elle qui a cru aux paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.

 

 

 

Mgr A.-M. LÉONARD,

Évêque de Namur.

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

Avant-Propos

 

1. Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas rien ?

 

Va jusqu’au bout des questions !

Ne dis jamais que le monde est ainsi, tout simplement…

 

2. N’aie pas peur de te confronter à la terrible question du mal !

 

« Si Dieu existait vraiment, il ne permettrait pas tout cela !

Résiste à la tentation d’un Dieu impersonnel !

 

3. Les évangiles sont mieux qu’un reportage.

 

Ne te laisse pas démonter par les objections !

Les évangiles : une caisse de résonance de l’événement historique de Jésus

 

4. Un atome absolument insécable

 

La toute première annonce du kérygme le jour de la Pentecôte

Les trois traits essentiels et uniques du visage du Christ

 

5. Jésus, le seul homme qui ait revendiqué d’être l’égal de Dieu

 

Des paroles sans équivoque

Des gestes proprement divins

 

6. Le contraste absolu : la mort de Jésus dans le silence de Dieu

 

La solitude Jésus à l’agonie

La mort au rang des pécheurs

 

7. « Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant ! »

 

« C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité ! » (Lc 24, 34)

Le Crucifié réhabilité et glorifié par Dieu, espérance de la gloire !

 

8. Le mystère pascal de Jésus, dernier mot de la Révélation

 

Dieu te parle en Jésus, vrai Dieu et vrai homme !

 

Dieu te parle en Jésus humilié et glorifié !

 

9. Enfin un véritable salut pour l’homme tout entier et pour tous les hommes !

 

Mets ta main dans la sienne : il ne te trompera pas !

« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ! » (Lc 19, 10)

 

10. Le mal n’aura pas le dernier mot !

 

« Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68)

« Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle… » (Ap 21, 1)

 

 

Une invitation pour conclure