Rencontres avec d’autres Religions : Fontaines de Miséricorde

par le Père Patrice Chocholski

Comment nous est-il venu à l’idée de partager la Miséricorde avec les musulmans et des membres d’autres religions ?

Dans notre petite association "Famille de Miséricorde", nous étions habitués à nous rencontrer une fois par semaine, en plusieurs groupes de la région Rhône-Alpes (France), pour un partage biblique sur la Miséricorde, partage qui débouche sur la prière et l’action. C’est toujours une belle expérience, que de se retrouver dans ces " Ecoles de Miséricorde ", pour nous laisser interpeller par la Parole de Dieu : "Que dit le texte ? Que veut nous dire le Seigneur aujourd’hui à partir de ce texte ? Que veut-il nous dire de Sa Miséricorde et de cette Miséricorde qu’il nous invite à partager ? Que disons-nous du coup au Seigneur ? "

C’est un défi à chaque rencontre. Ce n’est pas toujours confortable. Mais c’est toujours nouveau (comme l’amour). Et c’est toujours un merveilleux enrichissement et ressourcement.

Au cours d’une conférence que j’ai donnée à Paray-le-Monial, le Dimanche de la Miséricorde 2002, j’ai suggéré aux auditeurs "d’élargir les tentes de la Miséricorde ". Je prenais appui en particulier sur les écrits du P. Christian de Chergé, prieur de Tibhirine en Algérie, assassiné avec ses moines par des terroristes en 1996. Il disait notamment :
" [Chrétiens et musulmans,] nous avons un besoin urgent d’entrer dans la Miséricorde mutuelle. Une "parole commune" qui nous vient de Dieu nous y invite. C’est bien la richesse de sa Miséricorde qui se manifeste lorsque nous entrons modestement dans le besoin de ce que la foi de l’autre nous en dit et, mieux encore, de ce qu’il en vit. Cet exode vers l’autre ne saurait nous détourner de la Terre Promise, s’il est bien vrai que nos chemins convergent quand une même soif nous attire au même puits. Pouvons-nous nous abreuver mutuellement ? C’est au goût de l’eau qu’on en juge. La véritable eau vive est celle que nul ne peut faire jaillir, ni contenir. Le monde serait moins désert si nous pouvions nous reconnaître une vocation commune, celle de multiplier au passage les fontaines de Miséricorde. Et comment douter de cette vocation commune si nous laissons le Tout-Miséricordieux nous appeler ensemble à une table unique, celle des pécheurs ? Ô vous bonnes gens du Livre, venons-en à notre vocation commune. Le trésor de Dieu est un Pain qui ne se savoure qu’avec la multitude. "

A ma surprise, cette suggestion a été retenue par Monique, que je connaissais à peine. Elle connaissait des musulmans susceptibles de répondre à l’appel. Il s’agissait d’un imam et d’un de ses amis, de nom "Abd errahman" (c’est-à-dire, en arabe : "serviteur du Tout Miséricordieux"). La première rencontre avec eux a été très prometteuse. Du coup, nous avons décidé de faire en sorte que nos communautés respectives (paroisse et mosquée) se rencontrent sur des thèmes toujours éclairés par le mystère de la Miséricorde de Dieu. Nous y avons tellement pris goût que nos rencontres ont pris la fréquence d’une fois par mois. Il n’y a pas d’ambiguïtés : le responsable de chaque communauté développe le thème à partir de sa tradition (à peu près 15 minutes chacun). Ensuite a lieu un partage à partir des textes sacrés respectifs, pour nous enrichir de Miséricorde et creuser ces fontaines, pour accéder les uns et les autres par des approches différentes, au Dieu unique, lequel est toujours plus grand en Miséricorde que tout ce que nous pouvons en dire. Et l’eau du partage - dans le respect profond de la différence - est toujours rafraîchissante !

Bien sûr, il s’agit de créer, dès le départ et de plus en plus, un climat de confiance, ce qui nous permet les uns et les autres de nous exprimer avec respect dans la fidélité aux traditions différentes de nos fois. Du coup, dans une recherche commune de Miséricorde, le dialogue se fait annonce, avec tous les fruits connus et inconnus (de nous) que produit la grâce du Seigneur. Pour nous chrétiens, le Visage indépassable de la Miséricorde divine est le Fils Unique du Père. Nous n’omettons jamais, d’une manière ou d’une autre, de parler de cette Beauté du Verbe. " Parle de ma Miséricorde au monde entier ! " C’est ainsi que Faustine recevait sa mission du Seigneur et qu’elle la transmettait à l’Eglise. Certes - c’est notre foi et notre expérience -, seule l’Eglise peut présenter et offrir Celui qui est l’Accompli de la Miséricorde. Elle n’est pas Catholique pour rien. Et plus nous vivrons l’humilité du "miséricordié", mieux le "Miséricordieux" resplendira. Il faut tout de même que nous nous fassions petits pour qu’Elle puisse grandir !…

Depuis, d’autres initiatives sont nées. Elles sont partagées et soutenues par le Directeur même des musulmans de toute la Province. Nous organisons aussi des interventions à deux voix dans des lycées, ou même au niveau départemental.

Récemment, pour la Drôme (Valence) - et cela a été retransmis par France 3 -, nous nous sommes posés ensemble la question, si - de quelle manière et dans quelle mesure - le Dieu Unique ne nous appellerait pas à une " mission commune ". Dans ce cas, nous en convenons, ce serait une mission de Miséricorde, une mission de Dieu Miséricordieux. Aurions-nous fait un rêve ? Etre missionnaire de la Miséricorde ne serait pas réservé qu’aux chrétiens !!?…

 Voici un compte-rendu de ces rencontres régulières, comprenant en général une cinquantaine de personnes, entre chrétiens et musulmans.

 

 

Documents à télécharger