Pensées sur la Miséricorde au fil des siècles

Saint Augustin (354-430)
(Cité de Dieu, Livre X CH XXII)
Le péché seul, en effet, sépare les hommes d’avec Dieu, et s’ils peuvent en être purifiés en cette vie, ce n’est point par la vertu, mais bien par la Miséricorde Divine.

Jean Chrysostome de Constantinople. Père de l’Eglise, Ve siècle
In Gen S. VII
Le Christ a choisi pour ses ultimes pardons des sommets d’intiquités pour ne nous laisser aucun prétexte de désespérance.
Nul donc ne pourra désormais désespérer de son salut en voyant un homme chargé de milliers de fautes franchir les portes du Royaume. Par une simple parole, un seul acte de foi, il (le bon larron) s’élance avant les apôtres dans le paradis, pour donner à comprendre que ce ne sont pas ses bonnes actions qui lui ont valu cette faveur, mais la philanthropie du Seigneur qui a tout fait. A-t-il jeuné ? A-t-il versé des larmes ? A-t-il accompli une longue pénitence ? Pas du tout ! Mais sur la croix elle-même, par une seule parole, il a trouvé le salut. Voyez avec quelle rapidité il va de la croix au ciel, du supplice au salut !
Le bon larron est la preuve évidente que la miséricorde de Dieu ouvre à tous l’accès au salut…Prodige incomparable de la miséricorde divine ! C’est la miséricorde qui fit tout.

Isaac le Syrien, évêque de Ninive. VIIe siècle
N’essaie pas de distinguer celui qui est digne de celui qui ne l’est pas ; Que tous les hommes soient égaux à tes yeux pour les aimer et les servir. Ainsi tu pourras les amener tous au bien. Le Seigneur n’a-t-il pas partagé la table des publicains et des femmes de mauvaise vie, sans éloigner de lui les indignes ? Ainsi tu accorderas les mêmes bienfaits, les mêmes honneurs à l’infidèle, à l’assasin, d’autant plus que lui aussi est un frère pour toi, puisqu’il participe à l’unique nature humaine.
Voici, mon fils, un commandemant que je te donne : que la miséricorde l’emporte toujours dans ta balance, jusqu’au moment où tu sentiras en toi la miséricorde que Dieu éprouve envers le monde.

Saint Bonaventure XIII siècle
Œuvres spirituelles, L’aiguillon de l’amour divin Chapitre VIII
Oui, la Miséricorde de notre Dieu est immense ! Quand même en vous se trouveraient tous les péchés qui ont jamais été, tous les crimes qui seront commis à l’avenir, la Miséricorde du Seigneur l’emporterait encore infiniment sur tout cela ; et si vous recouriez à Lui, Sa tendresse sans bornes Lui arracherait votre pardon .

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
Miséricorde ! Dieu Eternel, pour Vos brebis, en bon Pasteur que vous êtes ! Hâtez-vous de faire Miséricorde au monde ; tel qu’il est, il est clair qu’il n’en peut plus… O Miséricorde ! Mon cœur devient tout feu à penser à vous !

“Ma Miséricorde, dit le Père Eternel à Sainte Catherine de Sienne, est, sans aucune comparaison, beaucoup plus grande envers vous, que tu ne peux le voir, car ta vue est imparfaite et finie, tandis que Ma Miséricorde est infinie et parfaite. Il y a donc entre ton appréciation et la réalité toute la distance du fini et de l’infinie ".

Sainte Marguerite Marie (1647-1690)
Ce divin Cœur est un abîme de bien où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités ; un abîme de joie où il faut abîmer toutes nos tristesses ; un abîme d’humiliation pour notre orgueil, un abîme de Miséricorde pour les misérables.

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, Docteur de l’Eglise, XIXe siècle
Novissima Verba, 11 juillet 1897
On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le Bon Dieu. Dites bien, ma Mère, quand même j’aurais sur la conscience tous les crimes qui se peuvent commettre, je ne perdrais rien de ma confiance. J’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de mon Sauveur. Je sais qu’il chérit l’enfant prodigue, j’ai entendu ses paroles à sainte Madeleine, à la femme adultère, à la Samaritaine. Non, personne ne pourrait m’effrayer, car je sais à quoi m’en tenir sur son Amour et sa Miséricorde. Je sais que cette multitude d’offenses s’abîmerait en un clin d’œil, comme une goutte d’eau dans un brasier ardent.

Sainte Faustine (1905-1938)
O âme, qui que tu sois en ce monde, quand bien même tes péchés seraient noirs comme la nuit, ne crains pas Dieu, faible enfant, car grande est la puissance de la Miséricorde Divine


Père Marie-Dominique Philippe o.p. (+2006)
Le lavement des pieds : geste de l’Amour miséricordieux
Avant de s’offrir au Père pour nous, Jésus renouvelle toute la liturgie de l’Ancien Testament, par le geste du lavement des pieds : il achève ainsi la Pâque ancienne, et introduit ses disciples à la Pâque nouvelle, la Pâque de libération dans l’amour.
Ce geste du lavement des pieds, c’est le geste du pardon, de l’Amour miséricordieux. Jésus, le Maître et Seigneur, qui a reçu du Père tout pouvoir et toute autorité, prend le linge du serviteur, de l’esclave. Il lave les pieds de tous ses apôtres, dans un contact direct, personnel, avec chacun d’eux. Il sait bien que Judas va le trahir. Mais Jésus s’abaisse aussi devant lui, s’agenouille, le regarde dans les yeux, en silence, et lui fait comprendre qu’il l’aime malgré tout, au-delà de tout.
La grande victoire de l’Amour, c’est précisement cette victoire sur la trahison.
Jésus nous montre l’exemple : sans miséricorde, nous ne pouvons vivre la charité fraternelle. Sans pardon, il ne peut y avoir d’unité, et donc de communauté chrétienne. Et pardonner, ce n’est pas seulement oublier la blessure qui nous a meurtris : c’est offrir cette blessure pour le frère qui en est la cause. Elle nous rapproche ainsi de lui et lui manifeste que nous l’aimons encore davantage.